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4. ALTERCONSOMMATION ET AUTRES ALTERNATIVES

“Un homme n'est pas riche par ce qu'il possède, mais par ce dont il peut se passer...”

“Tout ce que tu ne sais pas donner te possède.” André Gide

“L'acte d'acheter ou de refus d'acheter telle ou telle marchandise est assimilable à un vote permanent.” Marilyn Ferguson

“Nous pouvons difficilement choisir de ne pas manger du tout, mais nous devons choisir comment nous mangeons, et nos choix peuvent avoir des conséquences étonnantes. Réfléchissez à la chose suivante : en moyenne, un produit alimentaire servi à un consommateur américain a parcouru deux mille kilomètres pour arriver jusqu’à lui. Si l’individu moyen mange à peu près dix produits par jour (et la plupart d’entre nous en mangent plus), en l’espace d’une année sa nourriture aura parcouru presque huit millions de kilomètres sur la terre, sur la mer et dans les airs. Représentez-vous un camion chargé de pommes, d’oranges et de laitues iceberg qui ferait dix fois par an l’aller-retour de la Terre à la Lune rien que pour vous. Multipliez par le nombre d’Américains qui aiment manger, représentez-vous cette flotte de 285 millions de camions en route pour la Lune - et osez me dire que ce n’est pas le moment de revoir le scénario!” Barbara Kingsolver

“Un vrai bonheur coûte peu, s’il est cher, il n’est pas de la bonne espèce.” Chateaubriand

L'étape la plus directe dans le changement, avant même les remises en question psychologique ou le cheminement spirituel, est à un niveau bien plus concret. C'est par elle que débute la transformation vers la cohérence. Je veux parler de notre manière de consommer. C'est elle qui inscrira notre participation directe ou non au système, de manière bien plus importante que les rares élections auxquelles nous sommes appelés à participer.
Car comme citoyens, nous avons un deuxième bulletin de vote: celui plus immédiat de nos achats. Dans notre “assiette” sont contenues toutes les problématiques et rapports de forces évoqués ci-avant.
Que les multinationales, et tout le système économique qui en est le corollaire, exploitent nos faiblesses, ne fait aucun doute. Mais plutôt que de les pointer du doigt en disant qu’ils sont responsables et qu’il faut les arrêter, soignons d’abord nos faiblesses. Il sera beaucoup plus facile de les arrêter ensuite quand ils n’auront plus grand monde à exploiter.

En tant que citoyen dans un pays occidental, nous sommes les consommateurs tout désignés et sommes considérés comme tels par toute la sphère capitaliste.

En effet, certaines entreprises sont capables de nous vendre de l’air en boîte, à un prix défiant le concevable, et leur stratégie de vente et en particulier leurs techniques publicitaires ne lésineront pas sur les moyens pour nous convaincre que nous ne pourrons vivre heureux longtemps sans se le procurer. N'oublions pas que nous sommes les clients visés et que ces profits commerciaux existent donc bel et bien grâce à chacun de nous.
Changer notre façon de consommer peut réellement changer la face du monde si nous ne sommes pas seuls à le faire.
Nous pouvons arrêter de nous contenter de mettre la faute chez le “vendeur” d’air, et redevenir un “acheteur” raisonnable.

Il est clair que quand le client décide de ne pas se fournir chez le commerçant, celui-ci se voit obligé au bout d’un moment de fermer boutique. Contrairement à ce qu’avancent la plupart des théories économistes, c’est alors seulement que le marché s’adaptera à la demande. La plupart des petits commerçants en ont fait les frais ces dernières années, au profit de la grande distribution. Il est probable que le changement d'attitude chez le client permettra la transformation en sens inverse, où les temples de la consommation feront place à nouveau aux commerces de proximité.
Et en ce moment les changements de comportements de citoyens se multiplient avec un effet boule de neige. La consommation bio/eco/équitable/locale est en pleine expansion et ce n’est qu’un début. L'objectif n'est pas en soi de boycotter la consommation, mais d'agir en fonction des conséquences de tous nos actes, c'est-à-dire, réduire le gaspillage de matières premières, d'eau, d'énergie. Réduire les inégalités de niveau de vie, réduire les injustices sociales, la pollution, et toutes les autres conséquences qui y sont liées, au travers de nos achats.

Tant qu’on achète ce qu’on nous propose, on ne fait qu’encourager le commerce tel qu’il fonctionne actuellement, c’est à dire en exploitant la grande majorité de la population pour le profit de quelques actionnaires, et cela surtout via les multinationales, et les grandes surfaces. On achète pas cher, on achète suremballé, on achète des produits de l’autre bout du monde, on achète du polluant, on achète des produits qui exigent qu’on dilapide les ressources naturelles de la planète qui sont limitées, on achète de l’inutile, du jetable, on ne répare plus, on remplace, on gaspille, etc.

Beaucoup de gens effectuent des achats parce qu'on leur fait croire que cela compensera ou remplacera les frustrations de la vie qu'ils mènent. Et cela ne peut amener qu'un peu plus de confusion, car cela ne compense rien. Or cela donne tout au plus, juste un plaisir furtif pour, la plupart du temps, très peu de bénéfices ultérieurs. Beaucoup de gens ignorent également ce qu'implique leur achat avant qu'il n'aboutisse dans leurs mains. Parfois aussi ils ignorent que ce produit les enchaînera dans une dépendance, ou fera du tort à leur santé, ou les encombrera dans leur espace ou encore, sera rapidement source de préoccupation. Ceux qui ont en partie conscience de tout cela, ignorent bien souvent les alternatives à ces achats.
La consommation et surconsommation ne sont en fait que les conséquences de notre ignorance, de notre inconscience. C'est en devenant conscients des mécanismes liés à nos actes d'achat que nous pouvons commencer à agir de manière responsable.

Nos achats peuvent reprendre leur dimension originelle et avoir pour unique but de subvenir à nos besoins premiers.

Il ne s’agit pas de nous refuser des plaisirs, bien au contraire, mais de ne plus passer par des achats pour les obtenir.

Se désolidariser de la consommation implique un désir de redevenir sobre dans nos modes de vie et cela ne se fait pas en un jour si rien ne nous y oblige.
Chaque jour de nouvelles petites prises de conscience nous permettent de trouver de nouveaux moyens d'y arriver.

Il est plus sage de ne jamais abandonner une habitude de consommation si on n’y est pas prêt. Sinon, on le fera comme une obligation, et en s’accumulant, tout cela nous pèsera trop et nous ne maintiendrons pas les changements. Mieux vaut que les changements que nous effectuons nous conviennent, et qu’ils correspondent à la conscience que nous avons de leur nécessité. On peut le vivre également comme un jeu. Plutôt qu’épargner de l’argent, plutôt que s’amuser à collectionner de tout, on peut se défier et avoir un réel plaisir en consommant de moins en moins, le moins étant devenu la référence à obtenir.

Il ne faut pas s’attendre à changer rapidement si on n’y est pas forcé. Les changements viendront en fonction de nos prises de conscience. La motivation joue bien sûr un rôle de catalyseur. Et des changements qui au départ demandent un certain effort, très vite peuvent devenir automatiques, et être perçus dès lors comme des comportements évidents qui, au-delà d'un certain point, peuvent amener à répugner à revenir en arrière. Par contre, motiver nos changements d’habitudes par la culpabilisation risque de nous faire avancer effectivement au début, mais risque surtout de mieux nous faire reculer par la suite. Agir par culpabilité et non par conscience est donc un frein. Bien qu’avancer par essais et erreurs ne soit pas une mauvaise chose en soi.

On pourrait se méprendre sur le sens de la démarche. Stopper la consommation à tout crin ne signifie en aucun cas de se lancer sur le chemin de l’ascétisme. Si cela demande quelque effort, cela apporte surtout énormément de bien-être et de satisfaction et il n’est pas question de chercher à souffrir, ni à se priver. L’objectif est de retourner à l’essentiel et à le faire avec motivation et plaisir.

Ces changements sont en fait affaire de conscience. Changer en fonction d'une nouvelle information, d'une compréhension intellectuelle, nous demandera beaucoup d'énergie. Tant que le changement ne nous est pas dicté par nos émotions, par notre coeur, il n'est pas lié à la conscience. La conscience est présente quand, ne pas changer, exige de nous un effort.

Chacun peut commencer dans le domaine qui lui conviendra le mieux, et à la vitesse qui lui correspond. Il n’y a pas de guide à suivre, de règles auxquelles se conformer. C’est à chacun de trouver ses propres moyens d’évoluer en cherchant à aller vers l’essentiel.

La réduction de la consommation et tous ses corollaires peut s’apparenter à la simplicité volontaire (voir à ce sujet "la présentation de la simplicité volontaire").
Chacun est libre de vivre selon ses moyens, ses désirs, ses capacités, mais surtout selon sa propre conscience. Il s’agit d’un processus individuel. Chacun le fait à sa vitesse, à sa manière, en fonction de ses particularités, besoins et capacités.

Changer de comportement au niveau individuel touchera la plupart des actes que nous posons au quotidien. Les premières modifications n’exigent pas une remise en question fondamentale de nos modes de pensées. Par contre, elles y conduiront presque indubitablement. C’est tout un processus qui se mettra en place. Mieux vaut le faire par choix, actuellement, plutôt que de s'y retrouver forcé dans quelques mois ou quelques années.

Contrairement à ce que beaucoup pensent, rien ne nous oblige à acheter des produits de multinationales.
Il existe, la plupart du temps, des marques alternatives. Les labels bio, eco, fair trade, éthique ou sociaux peuvent y aider.

Acheter alternatif coûte souvent plus cher, car les articles sont produits par des travailleurs adultes, rémunérés correctement, dont les droits sont respectés, souvent, dans des entreprises locales, et de plus petite taille, et selon des circuits moins développés. Les matières premières utilisées sont de qualité, l’environnement est respecté, etc. Cependant, l’un dans l’autre, si l’on arrête la “consommation” en tant que telle, qu’on diminue notre utilisation en eau, gaz, électricité, pétrole etc, on finit par dépenser moins qu’en fonctionnant selon ce que la publicité et les marchés nous dictent de faire. On peut dès lors se permettre d’acheter plus cher, tout simplement parce l’on dépense moins et parfois aussi parce que l’on “fait” soi-même plutôt que d’acheter “tout fait”.

 

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