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e- Soi à l’image du monde, le monde à l’image de soi : la responsabilité individuelle

“La pollution du monde ce n’est pas un grand problème, c’est 7 milliards de petits problèmes.

“La confusion du monde, son chaos, son désordre, ce n’est pas un grand problème. C’est 7 milliards de petits problèmes.” Hubert Reeves

“Le problème n'est pas que le pouvoir soit corrompu et arbitraire. Le problème et notre défi c'est la société que ce pouvoir reflète.” Manifeste du Réseau de Résistance Alternatif

“Nos enfants grandissent dans un pays dont les hommes les plus importants, les plus influents - depuis les présidents jusqu’aux héros de film les plus sympa - résolvent les problèmes en tuant des gens. Tuer est à la fois rapide, efficace, et qui plus est viril.” Barbara Kingsolver

“On ne peut reconnaître à l’extérieur du vivant que ce qui est porté en son propre intérieur. L’opposant est toujours appelé à reconnaître dans l’objet qu’il combat son homologue en lui-même. Dans ce sens “combattre contre” est une autodestruction.” Annick de Souzenelle

Les actes que nous posons individuellement, les relations que nous menons avec les gens que nous côtoyons, façonnent le monde dans lequel nous vivons, tant au niveau local qu’au niveau global.
Tout comme l’image du papillon provoquant un ouragan à des milliers de kilomètres, je pense que nos comportements individuels ont une influence considérable sur la manière dont le monde tourne. Et, à ce titre, potentiellement, nous sommes tous des papillons.
Je ne nie pas pour autant l’importante responsabilité des hauts dirigeants, tant politiques qu’économiques. Mais leurs actes ne peuvent avoir une telle influence sur le monde que dans la mesure où nous participons chacun à mettre en oeuvre leurs conséquences, sachant que celles-ci participent au fonctionnement du système. Et, au-delà, nous avons tellement bien intégré les règles du système que tous nos modes de pensée et nos actes n’en sont que le reflet (et inversement).
Dès lors, quand nous acceptons et suivons les règles intrinsèques que nous dicte le système, nous le perpétuons et l’encourageons.

Notre rôle à chacun ne se limite pas à appartenir à une société, et à attendre que d’autres nous fournissent ce que nous leur avons payé ; ou à être prêt à dénoncer, attaquer en justice, faire intervenir une assurance, quand nos droits n’ont pas été respectés.
Car s’il est vrai que nous jouissons de droits, nous avons aussi des devoirs. Notre rôle est de participer au bon fonctionnement de la société, d’y prendre nos responsabilités, d’agir dans le but de résoudre les problèmes et les conflits. Et nous pouvons y parvenir en faisant des prises de conscience et en évoluant chaque jour un peu plus.

Changer le système n’exige pas de passer par sa destruction ou par la destruction des institutions existantes. C’est le bouleversement des attitudes des citoyens qui stimulera sa transformation en profondeur, et de l’intérieur, pour lui rendre son efficacité et guider les institutions à mieux réaliser leurs objectifs, reprendre le rôle pour lequel elles ont été créées. Le système fonctionne à l’image de ceux qui le composent. Si nous évoluons, le système évoluera avec nous, ses tares s’affaibliront, ses qualités se développeront, y compris au niveau politique et économique.

Il y a bien l’argument qui dit que je ne pourrai rien changer si je suis seul à agir dans mon coin. Cet argument est à la fois faux et persuasif. Car il maintient une majorité de gens dans l’inertie. Tout d’abord, quand nous refusons d’agir sous prétexte d’être seul à le faire et de ne pas avoir assez de pouvoir en solo, nous prouvons que ne rien faire influence les autres à ne rien faire, pas l’inverse. Ensuite, quand nous décidons d’agir, si nos motifs sont justes et si nous les affirmons ouvertement et avec conviction, ils ne manqueront pas d’atteindre et d’influencer notre entourage et parfois bien plus loin.

Et l’impuissance que ressentent tant de gens ne consiste pas uniquement à de l’inertie. Car cette inertie devrait avoir pour conséquence un résultat nul ou neutre, c’est à dire ne pas avoir de conséquences négatives. Mais l’absence d’action, d’actes de changement, justifiée par un sentiment d’impuissance, entraîne la participation au système. Elle permet de jouer le jeu de ceux qui profitent du système. Elle anesthésie la curiosité et la recherche d’information pour comprendre ce dans quoi nous vivons. Et elle aveugle devant la responsabilité dès lors non assumée. Refuser d’agir est une action en soi, une complicité, c’est se rendre co-responsable des dérives qui se passent.

Si tous nos voisins décidaient de se faire servir par des esclaves, choisirions-nous de prendre nous aussi des esclaves à notre service (alors que nous n’approuvons en aucune façon l’esclavage, et que nous ne sommes pas menacés si nous n’agissons pas) ? Agirions-nous de la sorte en justifiant que nous ne pouvons empêcher l’esclavage?

Bien que nous ne soyons pas en mesure de connaître les effets de nos actes, car la causalité n’est pas directe, nous pouvons choisir de ne plus les poser, ou de les poser différemment, non pas pour empêcher le désastre mais pour ne pas perpétrer notre part du désastre (voir le petit conte : la part du colibri).

Les conditions de vie dans le monde changeront lorsque chacun de ses citoyens prendra ses responsabilités individuelles face au système, en arrêtant de décréter son impuissance ou sa rage et d’attendre que les changements viennent d’un quelconque pouvoir institutionnel. Ce qu’il faut viser ce sont, prioritairement, les changements de comportement des populations aisées dans les pays occidentaux, ceux qui représentent les plus gros consommateurs.

Nos achats, nos comportements civiques, la qualité de nos relations au quotidien, et, plus fondamentalement, notre perception du monde, de la vie, et nos modes de pensée, sont la clé du changement. Si celui-ci part d’un niveau individuel et de façon approfondie, il mènera à une conscience, une croissance de solidarité et un changement collectif sans lesquels toutes nos actions cocréactrices (militantes), ne seront que mascarades.

Si nous voulons dénoncer et changer ce système parce que nous n’y adhérons pas, il est nécessaire de faire preuve de cohérence en ne se limitant pas à agir à l’extérieur de soi, mais à travailler aussi sur soi-même.

Car, outre le fait que nous participons pratiquement au système, par le truchement de la consommation, nous le reproduisons également, chacun à notre échelle, en perpétuant les valeurs sur lesquelles il est fondé.
Nous avons été influencés par le système dans lequel nous vivons, et cela depuis tellement longtemps et de façon tellement massive, que nous l’avons intégré en nous. Nous sommes la plupart du temps incapables de faire la différence entre les valeurs néolibérales auxquelles on nous a tout doucement conditionnés, et les valeurs universelles, celles que l’on retrouve dans toutes les civilisations. Et bien souvent, le discours néolibéral tente de nous faire croire que les valeurs qu’il prône sont les valeurs universelles, alors qu’il ne s’agit que de dogmes, de tromperies, pour mieux nous faire obéir aux règles qui régissent le système capitaliste.

Nous avons intégré les modèles imposés, intellectuellement mais également psychologiquement et même physiquement (au travers de la mode, de notre culture alimentaire, de la façon de préserver notre santé, notre gestion du temps, etc.) Comme déjà mentionné en début de chapitre, nous en sommes arrivés à trouver normal de suivre la mode, voire trouver inadapté de ne pas la suivre, nous gaspillons, jetons, changeons. Nous finissons par juger inutile le fait de prendre du temps pour satisfaire nos besoins les plus fondamentaux. Nous sommes devenus totalement incapables d’envisager une seconde de vivre sans la technologie, sans le stress, sans toutes les inventions intervenues ces dernières années.

Mais par dessus tout, nous sommes devenus incapables de réfléchir par nous-mêmes sur les sujets qui nous concernent directement. Car nous sommes convaincus que les personnes médiatisées qui nous sont présentées comme des experts, savent mieux que nous-mêmes ce qui est bon pour nous. Nous finissons par approuver la course au profit, au point, pour certains, de tenter de bénéficier d’une part du gâteau, influencés que nous sommes par une opinion commune rarement contredite. Et si nous avons le moindre doute à ce sujet, l’idée d’être seul contre tous à oser désirer autre chose nous conduit inexorablement à la conclusion que nous sommes impuissants et ne pouvons donc plus que laisser faire. Il nous faudra donc nous réapproprier nos capacités intellectuelles, la confiance en notre bon sens. Il faudra réapprendre à vivre en fonction d’autres références. Il nous faudra trouver de nouvelles alternatives culturelles, permettant de vivre dans un monde décadent, sans y participer activement. (voir la présentation de la simplicité volontaire).

Il ne suffit donc pas de regarder la société comme si l’on était un simple observateur de faits extérieurs à nous-mêmes. Il faut devenir conscient que nous n’avons la capacité de découvrir qu’une partie des dysfonctionnements. Car nous sommes nous-mêmes porteurs des valeurs, des raisonnements qui ont mené à tant de dérives. L’esprit critique ne suffit pas. Il permet de dénoncer. Mais il faut encore aller plus loin et chercher au-dedans de nous-mêmes tout ce que nous continuons à perpétuer dans nos raisonnements et dans nos comportements sans en avoir réellement l’intention bien sûr, mais par conditionnement, par habitude, par conformisme aussi parfois.
Par exemple, il ne suffit pas de ne plus vouloir succomber à l’ordre publicitaire pour s’en défaire totalement. Non seulement la manipulation de la publicité continue à opérer sur nous. Nous sommes dans certains cas totalement incapables de la percevoir. Mais en plus, nous continuons à agir en fonction de publicités que nous avons vues et intégrées dans le passé. Nous continuons à nous identifier à des modèles ou à nous plier aux injonctions de notre entourage, lui-même directement influencé par cette publicité. Il en va de même pour l’information, et pour beaucoup d’autres choses comme la mode, l’alimentation, la santé, la culture, les loisirs, et tout simplement, nos goûts et nos valeurs.

 

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