b- Retrouver le temps de penser
“Il suffit bien plus de libérer la tête que l’agenda pour trouver le temps.”
“Pour gagner du temps dans la vie, il vaut mieux ralentir que se hâter “Ernie Zélinski
“Nous passons tellement de notre précieux temps à gagner de l’argent afin de le dépenser que nous n’en avons plus pour examiner nos priorités” Joe Dominguez et Vicki Robin
L’effet rebond décrit par les défenseurs de la décroissance
(voir la définition
de la décroissance), consiste, au niveau individuel, à
consommer de plus en plus, parce que la consommation elle-même stimule
cette surenchère. En effet, consommer stimule à utiliser
ce qu’on consomme, et à consommer plus pour l’utiliser.
Profiter des avantages technologiques stimule à augmenter notre
utilisation de la technologie elle-même. Par exemple, une lettre
manuscrite ou dactylographiée mécaniquement est a priori
unique. Elle sera corrigée manuellement si nécessaire, en
cas d’erreur. Par contre, avec l’ordinateur et l’imprimante
laser, cette même lettre sera modifiée et imprimée
dix fois, pour l’orthographe, mais surtout pour d’autres changements,
sans compter les photocopies ultérieures servant à archiver
plusieurs fois et à envoyer copie à différents destinataires
“pour information”. De cette manière, on utilise dix
à vingt fois plus de papier, autant d’électricité,
d’encre (tant pour l’imprimante que pour le photocopieur),
pareil pour le temps de travail du secrétaire et du rédacteur,
sans compter la manufacture des appareils, le travail de création
des programmes informatiques, ainsAi que l’entretien du matériel,
et le travail des informaticiens, ou encore la formation pour être
capable d’utiliser ces outils. Au fur et à mesure que des
facilités se développent (principalement via le développement
des technologies), nous sommes amenés à consommer plus à
tous les niveaux.
Un autre exemple, le voyage. Plus il est avantageux - économique,
facile, rapide - de voyager, plus nous sommes amenés à voyager -
plus souvent, plus loin et pour des durées plus courtes.
D’autre part, plus on achète, plus on accumule les biens
de consommation. Mais toutes ces possessions, il va nous falloir les ranger
(avoir des armoires, déménager ver un logement plus spacieux),
les nettoyer, les entretenir, les utiliser. Il faudra aussi mémoriser
ce qu’on a, et où nous l’avons rangé. Plus nous
possédons, plus nous devons utiliser nos ressources de mémoire
à connaître la place de ces objets. Plus ces objets sont
sophistiqués, et plus nous devrons aussi mémoriser la manière
de les utiliser (surtout si nous ne les utilisons pas souvent).
Quand nous prenons l’habitude d’utiliser tout cela, nos possessions
finissent par nous paraître indispensables. Nous en devenons dépendants.
Et lorsque l’une d’entre elles tombent en panne, ou est usée,
nous avons alors le souci de devoir la remplacer, la réparer, rechercher
une pièce de remplacement adaptée etc. (Voir
à ce sujet le dossier désencombrement.
D'un autre côté, plus on a des appareils et gadgets pour
nous faciliter la vie et qui nous font gagner du temps, plus nous en profitons
pour remplir nos temps de loisirs gagnés, par de nouvelles activités :
cours, sports, sorties, vacances, etc. Nous vivons plusieurs vAie en une.
Et dès lors nous avons moins de réel temps libre, notre
agenda déborde, nous stressons plus, et nous vivons dans l’urgence.
Le téléphone portable, à cet égard, a accentué
ce phénomène de manière flagrante: on peut nous joindre
partout. Non seulement nous ne trouvons plus le temps pour nous-même,
mais nous devons rester disponible pour les autres, partout et tout le
temps.
Et finalement, nous passons notre temps à acheter, manger, travailler, dormir, utiliser, nettoyer, entretenir, ranger nos acquisitions, courir entre les rendez-vous de notre agenda….Et nous n’avons ni le temps de souffler, ni le temps de penser, ni le temps de faire des choix, ni le temps de faire des remises en question, pas plus le temps de faire des prises de conscience et encore moins le temps d’évoluer ou encore d’aimer.
Comme notre vie est devenue une course, nous en sommes au point d’être
pris dans le cercle vicieux de ne même plus avoir le temps de choisir
de nous organiser autrement. Les décisions que nous prenons ne
sont plus le fruit de nos choix, elles nous apparaissent comme inéluctables.
Et bien souvent, nous restons frustrés de ne pas pouvoir faire
tout ce que nous voudrions.
Nous ne savons plus discerner les priorités des futilités
(voir à ce sujet, le très bon texte Pour
mieux gérer son temps : Petits et gros cailloux) (10),
et bien souvent, nous effectuons ce qui est important, en dernière
minute, après ce qui l’était moins.
Pour certains aussi, s’arrêter de courir peut paraître dangereux. En effet, tant qu’on reste dans une activité effrénée qui nous empêche de penser, on se protège de se poser des questions et de se rendre compte qu’on ne mène pas du tout la vie qu&Arsquo;on avait rêvée de vivre quand on avait 20 ans. Ce sont alors les chocs de la vie (deuil, divorce, perte d’emploi, maladie, etc.) qui pour certains, offriront l’opportunité de cette remise en question. Et parfois, on ne pourra faire l’économie d’une dépression, quand l’inconscient nous force, dans la souffrance et l’incompréhension, à rétablir l’équilibre entre nos besoins et désirs authentiques, et la réalité des choix de vie que nous avons posés.
En persévérant dans ce mode de fonctionnement, où la pensée individuelle n’a plus sa place, nous sommes d’autant plus enclins à prendre la pensée des autres pour argent comptant. Notre esprit critique perd toute son acuité. Et dès lors, nous sommes mûrs pour nous conformer au prêt-à-penser : celui de notre entourage, celui des médias, celui de la publicité.
Plus nous fonctionnons à plein régime dans le système de la consommation, de la facilité, de la technologie, plus nous nous rendons malléables à ce que propose justement cette société : cercle vicieux.
Or il est possible de renoncer à certaines activités. Il
est possible de renoncer, non seulement à accumuler des possessions,
mais aussi de nous défaire de ce que nous avons déjà.
Nous pouvons limiter consciemment notre utilisation des bienfaits de la
technologie, et retrouver du temps, entre autre, du temps pour penser.
Une fois cette capacité de penser retrouvée, il devient
nettement moins difficile d’effectuer d’autres choix, d’autres
avancées, dans une démarche de changement.
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- Préface
1) Le monde ne tourne plus rond
2) La citoyenneté et la militance :
DEUXIEME PARTIE : PRENDRE LA DIRECTION DU CHANGEMENT
1) Notre consommation, notre responsabilité, notre conscience, notre pouvoir
2) De l'influence des mass-medias vers une information alternative
3) Retrouver la cohérence - se changer soi
4) Alterconsommation et autres alternatives
5) Solidarité
6) Y croire
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