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2. DE L'INFLUENCE DES MASS-MEDIAS VERS UNE INFORMATION ALTERNATIVE



a- Se distancier de l'information de masse

“Le capitalisme a inventé un monde unique et unidimensionnel, mais ce monde n'existe pas en soi. Pour exister, il a besoin de notre soumission et de notre accord.” Manifeste du Réseau de Résistance alternative

"Un peuple ignorant est l’instrument aveugle de sa propre destruction" Ronnie Ramirez

Cette étape est probablement de loin la plus importante. Elle est du moins indispensable et préalable à toutes les autres. En faire l'économie consiste à empêcher les changements d'advenir, c'est à chacun de choisir, si, quand, comment , il y arrive, et mieux vaut le faire par conviction. Sans vivre cette étape, on ne peut que rester dépendant de conditionnements importants, on ne peut entrer dans une réelle réflexion, de réelles prises de conscience. Et on ne peut dès lors transposer le résultat de ces évolutions intellectuelles et psychologiques en des actes efficaces et cohérents.
Pour commencer donc, mieux vaut s’éloigner des sources d’informations qui nous conditionnent de manière inconsciente et ont un effet soporifique considérable sur notre activité citoyenne. Cela signifie presque implicitement de se distancier des mass-médias, que ce soit la télévision, la radio, ou la presse écrite, ainsi que le courrier toutes boîtes (pubs et journaux).

Le sevrage de la télévision peut ressembler à celui de certains médicaments. Lorsqu’on est atteint d’une forme de symptôme récurrent, on prend un remède de façon régulière pour être soulagé. Et si, par hasard, après des années de prise, on stoppe la médication, on se rend compte que le symptôme d’origine a presque disparu, mais que par contre le médicament avait des dizaines d'effets secondaires qui disparaissent dès l’arrêt du traitement. La télévision, on la regarde pour se distraire, pour se cultiver, pour y voir de belles choses, passer de bons moments. Or, quand on l’arrête, on se rend compte de tout ce qu’elle nous empêchait de vivre (même quand nous sélectionnions attentivement nos programmes), et surtout qu'elle nous formatait de plus en plus l’esprit.

Une fois la télévision éteinte, les autres médias de masse : radio, journaux, magazines, ne tarderont pas à suivre.

Quand je parle d’arrêter de côtoyer les mass-médias, je suis souvent confrontée à deux arguments que l’on me donne :
- Tout d’abord celui qui consiste à dire qu’il est important de rester informé, qu’on ne peut pas se couper du monde. Et, en filigrane, je perçois aussi une peur qui consiste à croire que sans les mass-médias on n’aura plus de sujets de conversation. On sera socialement décalé, et on se condamnera à être une sorte de handicapé social.
Pourtant, se couper des mass-médias ne suppose à aucun moment que l’on se coupe de l’information. On peut par contre étonner positivement. On titillera ceux chez qui une petite brèche a déjà été ouverte et pour qui notre façon de voir, amène à se poser des questions.
En d’autres termes, se couper des mass-médias donne les moyens d’aborder l’information très différemment. Et cela interpelle l’entourage dans la plupart des cas. Les gens ne sont pas forcément mécontents qu’on leur apporte un point de vue différent sur une information qu’ils ont entendue dans plusieurs versions similaires. Un autre regard est souvent plutôt bien accueilli.

- Le second argument auquel on est confronté lorsqu’on parle de se défaire des mass-médias, consiste à dire que si l’on est suffisamment averti et critique face aux effets pervers de la propagande ou de la publicité, on ne se laisse pas influencer par celles-ci.
C’est une erreur de se croire au-dessus de la propagande. Nul n’est capable de débusquer les mensonges et la manipulation, lorsque ceux-ci sont cohérents, s’il n’est pas informé par ailleurs. Surtout lorsque ceux-ci sont transmis en toute bonne foi par des personnes qui y ont d'abord cru elles-mêmes. Il faut avoir arrêté les mass-médias pour s’en rendre compte. Il faut avoir l’occasion de se faire piéger par des informations, en apparence anodines et dont personne ne songerait a priori à les remettre en question, et avoir l’occasion d’obtenir la contre-information. Car s’il est vrai qu’il existe certaines informations de mass-médias que nous pourrons d’emblée remettre en cause, dans de nombreux cas la tromperie ne nous apparaîtra pas consciemment.
Seules les incohérences dans la manipulation nous permettent d’utiliser notre esprit critique efficacement. Penser que les autres se font manipuler, et pas nous, c’est probablement se mentir. En effet, refuser d’accepter que les mass-médias nous trompent trop souvent par leurs informations, de manière voulue ou non, sans que nous puissions en devenir conscient, c’est choisir de se faire volontairement leurrer.
Devenir conscient qu’il n’y a pas que les autres qui se font manipuler, c’est entrer dans un chemin, qui tôt ou tard, mène à se méfier de tous les mass-médias.

Le fait de ne plus être focalisé sur l’information au jour le jour, permet de mieux appréhender la situation dans son ensemble.
De la même manière, plus on s’éloigne des mass-médias, plus ce phénomène devient apparent. On retrouve, et c’est fondamental, notre capacité à réfléchir par nous-même. On choisit le type d’information que nous voulons connaître. Cela amène également à la conscience qu’il n’est pas nécessaire de connaître tous les malheurs du monde au quotidien et dans le détail pour être motivé et déterminé à vouloir se rendre utile et agir pour améliorer les choses.
Bien au contraire, le fait de ne pas être abreuvé en permanence : d’images de cadavres, de catastrophes, de violence, de futilités capitalistes, de provocations publicitaires et autres ; permet aussi de se sentir moins abattus par tous ces faits. Cela ne veut pas dire qu’on les ignore pour autant. Mais cela permet aussi d’avoir une attitude plus positive, plutôt que d’être dans le “râlement” ou le dépit, qui ne sont pas des positions psychologiquement vecteurs d’attitudes orientées vers le changement. Car râler c’est comme se remuer dans les sables mouvants : cela aide à s’enfoncer. C’est se positionner en tant que “victime”. C’est désigner un autre comme “bourreau”. Et, à moins qu’un miracle nous apporte un “sauveur”, cette situation ne pousse jamais les “victimes” à se prendre en mains et à faire le nécessaire pour résoudre le problème.

Certains s’attachent à regarder la télévision, en dernier recours, dans le but de “savoir ce qui est proposé aux gens”, afin de pouvoir mieux contre-argumenter. Or, c'est ce qui pour moi a retardé le moment de me débarrasser du poste. On ne fait rien d’autre que se faire mal en faisant cela. Il n’est pas nécessaire d’être au courant de ce que la majorité des gens enregistrent. Connaître le contenu et le mécanisme suffit à le dénoncer pour s’en éloigner. Le phénomène étant généralisé dans tous les mass-médias, cela rend toute information d’office suspecte, même s’il en reste bien sûr de très pertinentes continuant à échapper à cette tendance. S’informer par les mass-médias, c’est comme accepter de se faire soigner par un médecin qui a plusieurs erreurs médicales à son actif, c’est comme choisir de suivre une thérapie chez un psychologue compétent mais pervers.

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La télévision met un écran, tant physique que mental, entre nous et la réalité. C’est comme si on nous montrait la photo d’un paysage gris, gangrené par la présence de déchets, de sols érodés, et autres destructions de la nature. Nous ne faisons pas partie de la photo, du paysage. Nous ne nous sentons donc pas vraiment concernés. Et pour améliorer l’aspect du paysage, nous n’aurons comme possibilité que de colorer la photo, d’en changer le cadre, d’effacer certains éléments et d’en ajouter d’autres artificiels. Mais nous ne pourrons apporter de réelles modifications au paysage photographié.
Tout simplement parce que nous ignorons que nous pouvons entrer dans le paysage, bêcher la terre, planter des arbres, évacuer le dépotoir, moissonner et récolter les fruits, et appeler à l’aide pour ne pas faire ce travail en solo.
La réalité servie sur un écran nous distancie de notre propre potentiel d’action et de changement, elle nous trompe, et nous assigne de garder les fesses collées au fauteuil.

Ce n’est qu’une fois qu’on a remisé le poste, qu’on prend réellement conscience de l’effet néfaste qu’il avait sur nous, en observant l’effet positif que procure son absence. On retrouve une certaine sérénité, un goût de vivre, un retour à la convivialité : on revient à la réalité. On gagne de l’énergie pour nous intéresser aux choses qui nous passionnent, et étonnamment, au lieu d’être décalés dans nos conversations avec les gens, nous leur apportons quelque chose.

L’arrêt des masses médias a de grands avantages. Il génère une énorme disponibilité en temps que l’on peut dès lors mieux gérer. Il génère une réouverture vers les relations sociales et souvent vers plus d’activités. Il permet de consacrer l’énergie que l’on perdait à se faire agresser devant le poste (principalement) à des objectifs plus constructifs.

Bien sûr, pour être capable d’avoir un autre regard sur l’information, il est indispensable d’obtenir l’information ailleurs et le choix ne manque pas.

 

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