“Les jeunes ne naissent pas avec la conviction que porter le nom d’une marque en lettres énormes sur un tee-shirt est un privilège immense pour lequel ils doivent consentir à payer quatre-vingt dollars. Il faut des années d’instruction minutieuse avant d’en arriver à cette logique-là.” Barbara Kingsolver
“Un état totalitaire vraiment "efficient" serait celui dans lequel le tout-puissant comité exécutif des chefs politiques et leur armée de directeurs auraient la haute main sur une population d'esclaves qu'il serait inutile de contraindre, parce qu'ils auraient l'amour de leur servitude. La leur faire aimer - telle est la tâche assignée dans les états totalitaires d'aujourd'hui aux ministères de la propagande, aux rédacteurs en chef de journaux et aux maîtres d'école.” Aldous Huxley
“Ils s’habituent à tout et se plaignent tout le temps.”
Les mass-médias, et en premiers la télévision et la publicité, jouent un grand rôle dans le formatage des esprits des citoyens que nous sommes. Personne n’oblige à adhérer aux modèles de pensée et au contenu de l’information véhiculés par ces médias. Cependant, la toute grande majorité de la population les regarde et s’y conforme. L’idéologie véhiculée par les médias nous est transmise la plupart du temps au compte-goutte, de manière souvent imperceptible, et parfois aussi sous forme de manipulation. De telle manière, qu’au bout du compte, nous ne sommes pas conscients de l’effet qu’elle exerce sur nous et sur les autres. Et comme elle a à peu près le même effet sur tout le monde, nous vivons à peu près tous dans le même cadre de références. Nous ignorons, ou avons oublié, que d’autres références sont tout-à-fait possible.
Par mass-médias,
j’entends tout média distribué largement dans la population,
et financé par l’état, un holding, ou la publicité,
et qui n’a pas une réelle indépendance. Car son contenu,
ou l’absence de contenu, sera tributaire de l’audimat, du
chiffre de vente, etc.
Et l’audimat ne correspond pas aux intérêts des téléspectateurs.
Cela correspond seulement aux choix qu’ils font par rapport à
l’offre. Et ce choix est bien plus fonction des pulsions et impulsions
de chacun. Les gens ne demandent pas ce qu’ils regardent, mais si
on le leur propose, c’est cela qu’ils prennent.
On ne peut parler réellement de propagande. Cependant, si l’information quotidienne n’est pas intentionnellement manipulée, elle n’est souvent que la reprise d’une dépêche distribuée au niveau national ou mondial. Selon l’orientation du média, le temps et l’argent dont dispose l’équipe de rédaction, la compétence et le bon vouloir des journalistes ; la dépêche sera accompagnée d’un complément d’information. La teneur de ce complément peut varier entre le reportage et l’enquête, le baratin et le pur jugement. Ou encore, il peut être la réplique à peine modifiée de l’information que les journalistes du média voisin ont donnée, qu’elle soit fiable ou non. S'il est vrai que beaucoup d'informations pertinentes et bien étayées sont transmises, rien ne peut permettre de les dissocier des informations tronquées, mensongères, manipulées, exagérées, etc., tant que l'on est ignorant du sujet abordé.
L’effet de la télévision est plus important encore que les autres médias, car elle a aussi un pouvoir de fascination et d’accoutumance. Soit le téléspectateur que nous sommes, apprécie passivement ce qui lui est proposé et donne aux images, force de réalité. Soit il se sent impuissant. L’accoutumance a l’effet pervers de rendre les téléspectateurs tout à fait rétifs à l’idée d’abandonner leur petit écran. Pourtant, à l’inverse, une fois le sevrage totalement effectué, il est exceptionnel de rencontrer des personnes susceptibles de défendre le concept télévisuel tel que nous le connaissons.
En continuant
à enregistrer le spectacle télévisuel, nous nous
maintenons dans un état d’esprit où certaines prises
de conscience n’ont pas de place.
Car la télé nous endoctrine et nous rend obéissant
à l’ordre de consommer. Elle nous conditionne par la publicité
et la propagande. Elle nous dicte ce qu’il est conforme de penser.
Elle nous assène sa violence, souvent sa bêtise aussi. Elle
nous dicte ses horaires. Outre la fascination qu’elle suscite, elle
exige notre passivité, tout en nous isolant de notre entourage
et nous volant nos temps de loisirs. Parfois même, elle tente de
réveiller nos instincts les plus bas.
Mais le plus
insidieux, ce sont probablement les émissions a priori inoffensives
présentant de l’information de fond, celle que l’on
regarde pour réellement apprendre quelque chose, celles en qui
nous avons encore confiance. En effet, il arrive de temps à autre
que ces émissions parlent d’un sujet que l’on connaît
bien.
Or il n’est pas rare d’être amené à observer
que le sujet est présenté de manière tronquée.
Les commentaires présentent pas mal de jugements de l’ordre
du préjugé. Certains aspects primordiaux le concernant sont
tus, ou à peine mentionnés. D’autres détails,
sans importance, sont par contre développés à souhait.
Les personnes interrogées comme témoins ou spécialistes,
parlent d’exceptions en les faisant passer pour des règles.
Et les deux trois éléments qui finalement correspondent
vraiment à la réalité, sont là pour rendre
la caricature tout de même un peu vraisemblable.
Comment croire
encore par la suite à la crédibilité des émissions
traitant de sujets qu’on ne connaît pas? (Et c’est pareil
pour les journaux et magazines.) Ou alors faut-il pour chaque sujet, voir
une dizaine de reportages afin de s’en faire une idée plus
ou moins correcte? Mais comment y arriver puisque ce n’est pas nous
qui choisissons les programmes offerts par chaque chaîne?
Il ne s’agit pas de décréter que la totalité
du contenu de ces médias est mauvaise, mais quand on est ignorant
sur un sujet et qu'on est informé par un média, on ne peut
jamais savoir s'il est proche ou loin de l'objectivité. Or si l'on
sait que cette information est proposée pour être vendue,
et non pour informer en premier, le doute s'installe.
D’autre part, quand on regarde la télévision sans avoir pour objectif de mieux connaître tel ou tel sujet, on ne peut que se contenter de prendre ce qu’elle nous donne. Et si ça nous intéresse, c’est tant mieux. Ainsi, nous finissons par intégrer de l’information sur des sujets qui nous intéressent moyennement, voire pas du tout, et nous encombrent l’esprit. Nous ne sommes pas conscients que nous nous offrons à un endoctrinement Si celui-ci n’est pas forcément planifié, il fonctionne à merveille. Et il nous endort pour nous faire suivre comme des moutons un système qui, pour se perpétuer, a besoin d’anesthésier les capacités de réflexion et de critiques de ses membres.
Et s’il paraît opportun de pouvoir s’intéresser à des sujets avec lesquels nous n’aurions pas été en contact sans les médias, n’oublions pas que la vie n’est pas si mal faite que ça. Elle nous permet de rencontrer des gens, de vivre des expériences, et de nous mettre en contact avec d’autres sujets sur lesquels nous pouvons alors chercher de l’information. Mais à force d’être informé de tout et de rien, on finit par ne plus s’intéresser à ces sujets-là, ceux qui ont vraiment éveillé notre curiosité.
La distance avec les mass-médias permet de retrouver plus de clarté dans le choix de nos intérêts, désirs, besoins, etc.
Philippe Breton,
dans son livre « La parole manipulée » (Editions
La Découverte - 1997 - p. 26) définit la manipulation comme
suit (8) :
“La manipulation consiste à entrer par effraction dans l’esprit
de quelqu’un pour y déposer une opinion ou provoquer un comportement
sans que ce quelqu’un sache qu’il y a eu effraction.”
Or, nous sommes tous manipulables à souhait. Et l’esprit
critique, le niveau d’éducation, l’intelligence ne
nous en protègent pas. Certains journalistes sont souvent les premières
victimes de ces manipulations. Nombre d’entre eux sont sous pression,
en recherche de scoops, audimat oblige. Ils tentent d’être
les premiers à les transmettre. Ils ne sont pas forcément
dans des conditions de travail permettant de les regarder avec un esprit
critique, ou à en vérifier la véracité. Et
cela peut amener à accepter des informations partielles, mélanger
des bribes de communiqués de sources différentes pour concocter
une soupe informationnelle destinée à “faire de l’audimat”.
Combien de fois ne doit-on pas entendre des démentis aux actualités.
Et ainsi, que les nouvelles soient réelles, tronquées, fausses,
inventées ou manipulées, elles passent toutes pour de “l’information”.
De plus, chacun de nous est soumis, depuis des années, des décennies, à ce régime d’information douteuse. Nous intégrons petit à petit les perfidies du système. Et comme cela se passe au compte-goutte, le vrai étant dilué dans le faux, nous nous habituons. Nous sommes incapables d’être choqué par des détails. Et ces détails s’accumulent au long des années pour devenir des énormités qui ne nous sont tout simplement plus visibles, tellement nous avons été teintés par la mentalité ambiante, par le ronron du discours. Le principe de la grenouille dans la marmite d’eau (9) illustre parfaitement ce propos.
Pour parvenir à se changer soi, il est indispensable d’aller au-delà de l’esprit critique face aux mass-médias. Il faut tout simplement s’en distancier. C’est la première condition du changement, sans laquelle tous les efforts seront vains.
Venons-en donc à la deuxième partie, proposant les premières pistes pour le changement.
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- Préface
1) Le monde ne tourne plus rond
2) La citoyenneté et la militance :
DEUXIEME PARTIE : PRENDRE LA DIRECTION DU CHANGEMENT
1) Notre consommation, notre responsabilité, notre conscience, notre pouvoir
2) De l'influence des mass-medias vers une information alternative
3) Retrouver la cohérence - se changer soi
4) Alterconsommation et autres alternatives
5) Solidarité
6) Y croire
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POUR CHANGER LE MONDE