b) Profils de citoyens : les conditions pour changer
"Il n'y a pas de passagers sur le vaisseau spatial Terre. Nous sommes tous l'équipage." Marschall McLuhan
La société est loin d’être composée uniquement de militants. Il existe une panoplie d’attitudes citoyennes diverses. Bien qu’il n’y en ait pas de figées, on pourrait ébaucher l’idée de cinq grandes tendances dans les façons de se situer face au monde, d’y agir ou non. Chaque attitude correspond à une perception de l’appartenance au monde, découlant elle-même de l’éducation, de la culture, de l’expérience, de la personnalité etc. Il n’y en a pas de meilleures ou de pires. Nous naviguons tous plus ou moins entre certaines d’entre elles. La description qui suit peut paraître stéréotypée : il s’agit juste d’une perception de la réalité à nuancer.
1. Tout d’abord, la grande majorité des citoyens se sentent impuissants face aux événement du monde. Ils sont convaincus que seuls les dirigeants politiques ainsi que les dirigeants des multinationales ont le pouvoir. Ils ne voient pas de raison de se battre, certains préfèrent même profiter du système tant qu’ils le peuvent encore, surtout ceux que le système actuel privilégie.
Parmi eux, nombreux sont ceux préoccupés par leur profession, leur famille, leur santé ou tout autre problème que la vie peut engendrer. D’un regard sans doute plus lointain, ils se sentent toutefois préoccupés par l’actualité, la situation mondiale, et les dérives plus locales qui en sont la conséquence. Et si, actuellement, ils ne ressentent pas encore vraiment le besoin de s’impliquer personnellement dans une démarche de changement, ils n’en sont plus très loin. Il arrive un jour où un cadavre de trop, vu pendant le plat de résistance, vous reste sur l’estomac.
2. A côté de cela il y a le monde militant déjà mentionné dans le chapitre précédent. L'activisme peut être utile pour freiner les dégradations qui touchent la société de toutes parts. Le cocréactivisme est lui indispensable pour imaginer et mettre en oeuvre toutes les alternatives. Un travail de cet ordre, bien mené, est primordial.
3. A des lieues du monde militant il y a aussi un nombre considérable
de gens effectuant un cheminement d’évolution personnelle.
Peu d‘entre eux sont cocréacteurs ou militants (tout comme
peu de cocréacteurs ou militants effectuent un travail d’évolution
personnelle). La plupart se remettent en question, personnellement, remettent
leurs comportements, leurs relations, leur mode de pensée en question.
Et en parallèle, leurs préoccupations politiques sont en
général peu marquées. S’ils ont conscience
de faire partie d’un monde en déroute, ils sont plus préoccupés
par leurs propres problèmes. Car ceux-ci font masque et prennent
toute la place. Et la première priorité reste de les résoudre.
Nous sommes en général incapables de regarder les problèmes
des autres quand nous sommes submergés par les nôtres. Mais
une fois les problèmes dépassés, s’ils sont
résolus en profondeur, le regard porté sur le monde change,
et une implication par rapport au “tout” en découle
alors presque automatiquement. Les personnes ayant effectué un
travail sérieux sur elles-mêmes seront probablement des personnes
vecteurs d’authenticité, d’assertivité, de cohérence
et d’intégrité. Ce sont des personnes qui rayonnent
plus autour d’elles, qui ont souvent plus facilement accès
à leur créativité, et qui savent mieux tirer les
leçons de leurs propres expériences. Dans ce sens elles
ont potentiellement tout autant, voire plus, à apporter à
la société que le groupe des militants.
4. Le quatrième groupe est constitué des personnes actives
socialement (plus proche du cocréacteur que du militant) :
- soit dans une perspective à petite échelle. Il s’agira
alors d’entraide par exemple, entre voisins, entre parents d’élèves,
entre membres de clubs ou d’associations. Leur but est d’améliorer
leur environnement direct en donnant de soi et en bénéficiant
directement de reconnaissance de l’entourage ;
- soit dans une perspective à grande échelle, elles effectuent
un énorme travail dans toutes les associations à vocation
sociale, éducative ou culturelle.
Si elles sont très actives et efficaces, ces activités ne
sont pourtant pas forcément menées dans le cadre d’un
contexte élargi lié à une quelconque démarche
politique.
C’est entre autre grâce à elles que la société
décadente dans laquelle nous vivons, ne sombre pas totalement dans
le chaos.
5. En dernier lieu je distinguerais un groupe de personnes, souvent moins
militantes, ou moins engagées dans l’action sociale, mais
engagées dans un cheminement spirituel.
Pour certaines d’entre elles, le Dieu auquel elles croient va sauver
le monde. Si ces gens se montrent bons c’est plus par obéissance
que par générosité.
D’autres adhèrent aux nouvelles tendances véhiculant
le message que se développer spirituellement soi-même, aide
le monde à aller mieux, ou que prier pour les autres, apporte le
réconfort à ces derniers.
La question n’est pas de réfuter cela mais, même s’il devait s’avérer qu’évoluer spirituellement et prier, peut aider le monde, cela seul ne sera pas suffisant si rien n’est traduit dans les gestes de la vie quotidienne. Et pour traduire une conscience spirituelle dans les actes, il me paraît important de passer par certaines remises en question qui relèvent plus de la psychologie. Remise en question de nos croyances et conditionnements, ce qui implique aussi de connaître certaines de nos motivations inconscientes, et ce travail-là ne relève pas de l'évolution spirituelle. Or, je pense que l'élévation spirituelle peut mener à se perdre si l'on n'est pas bien ancré, enraciné, centré dans notre propre réalité.
Chacun de nous peut se reconnaître dans l’un ou l’autre de ces cinq grands stéréotypes d’attitudes dans la société ou dans plusieurs d’entre eux. Quelle que soit la position que nous tenons parmi ces attitudes citoyennes, nous avons tous une cohérence à cultiver entre les actes que nous posons et nos convictions personnelles, qu’elles soient de l’ordre du cocréactivisme (militantisme), de type spirituelle ou encore sociale etc.
Et pour avoir chacun plus d’impact dans nos actions, quelle que
soit notre manière d’aborder, de concevoir la réalité,
je pense qu'il sera nécessaire d'intégrer plusieurs approches
à la fois. Car en joignant ces diverses attitudes, principalement
le cocréactivisme et l’évolution personnelle, on augmente
de façon exponentielle l’efficacité de nos actions.
L’impact de nos actions en sera augmenté, mais aussi le rayonnement
de celles-ci, ainsi que l’influence et la contagion qu’entraînent
l’authenticité, la cohérence des comportements et
enfin l’effet de solidarité et d’entraide nécessaire
pour y arriver.
En effet, je pense que pour être acteur de changement, nous ne pouvons
faire l’impasse sur quatre principaux types de conditions :
- La première est le choix de l’évolution personnelle :
remise en question en profondeur de nos croyances, de nos comportements,
de nos rapports aux autres, de nos modes de pensée, de nos valeurs,
en détricotant les conditionnements, en revenant aux sources, même
inconscientes.
- La seconde est l’action sur le terrain (action sociale ou cocréactrice
(militante)).
- La troisième est la dimension philosophico, politico, spirituelle,
qui consiste à cadrer les deux premières dimensions dans
un ensemble, en rapport à notre appartenance à un monde
global, à un tout, via l’information, la réflexion,
le positionnement. Cela n’implique pas forcément la transcendance,
et n’exclut pas non plus l’athéisme.
- La quatrième condition devient alors indispensable et consiste
en la cohérence et l’intégrité de nos comportements
individuels avec les valeurs que nous prônons dans les trois autres
démarches. Cette quatrième démarche est la résultante
des trois premières, et c’est elle qui rendra possible notre
impact dans les changements sur le monde.
Je suis intimement convaincue que nous ne pouvons avoir un impact important sur l’extérieur qu’à cette quadruple condition, et pour chaque individu.
Dès lors pour arrêter le naufrage, la plupart des démarches
actuelles restent valables, mais il faudra avant tout, que les militants
remettent en question leur propre façon de fonctionner, et que
les personnes effectuant un chemin d’évolution personnelle
se mettent à regarder autour d’elles, et à approcher
le monde cocréactif (militant). Et pour que ces deux mondes, en
apparences presque antagonistes, unissent leurs efforts, il faudra créer
des espaces où la solidarité, l’information, l’évolution
personnelle, et la simplicité volontaire (voir
la présentation de la simplicité volontaire) entrent
toutes dans les moeurs. Cela
ne se fera pas en un jour. Mais à l’heure actuelle, si cette
façon de voir les choses n’est pas encore connue, c’est
parce qu’énormément de gens commencent à peine
à soupçonner ces modes de fonctionnement, sans se rendre
compte que leurs voisins sont en train de participer au même processus
de changement.
Si l’on donne à ces personnes des clefs de compréhension
par rapport à une réalité qu’ils appréhendent
encore frileusement, ils adhéreront rapidement. Et ils accepteront
de suite de se fédérer, d’entrer en réseau,
et de se mettre tout de suite à la tâche.
Car je sais que la pertinence de ces propos ne laisse pas indifférent.
Et s’il est possible qu’on les rejette a priori, il est probable
qu’après réflexion ils ne peuvent que générer
l’adhésion.
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- Préface
1) Le monde ne tourne plus rond
2) La citoyenneté et la militance :
DEUXIEME PARTIE : PRENDRE LA DIRECTION DU CHANGEMENT
1) Notre consommation, notre responsabilité, notre conscience, notre pouvoir
2) De l'influence des mass-medias vers une information alternative
3) Retrouver la cohérence - se changer soi
4) Alterconsommation et autres alternatives
5) Solidarité
6) Y croire
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