2. LA CITOYENNETE ET LA MILITANCE (combattive ou créative)
a) Militer? Cocréagir? Pour quoi? Comment?
“Un petit groupe de citoyens engagés et réfléchis est capable de changer le monde. D'ailleurs rien d'autre n'y est jamais parvenu .” Margaret Mead.
“Pour tout groupe contestant une oppression, se soigner est un acte politique. Car nous intériorisons les structures de l’oppression. Si nous n’y faisons pas attention, elles peuvent nous rendre moins efficaces et nous conduire à reproduire les schémas de la domination dans nos propres organisations et dans nos relations.” Starhawk
Actuellement il apparaît que la lutte contre le système capitaliste consiste, dans de nombreux cas, à exprimer son opposition au système. Le but est : soit de faire changer la direction des décisions politiques ou commerciales ; soit de mobiliser les masses, pour faire pression et obtenir gain de cause auprès des dirigeants. Or, si cette lutte garde un certain rôle, dorénavant elle ne suffit plus. Forcer les dirigeants à mieux orienter leurs décisions a son utilité, tant que la pression est maintenue, mais ce travail de pression doit être accompagné de bien d’autres initiatives qui créeront la situation où il ne sera plus nécessaire de fonctionner sous ce rapport de force.
En parallèle, certaines associations, dans le cadre d’autres engagements, et par des voies différentes de la contestation, effectue un travail constructif remarquable. Il s’agit d’un travail de fourmi, et de longue haleine. Cela peut concerner entre autre le pacifisme, avec par exemple le travail pour le désarmement ou pour un impôt de paix. Ou cela concerne le domaine de l’environnement, avec par exemple, le recyclage, la recherche de sources d’énergie alternatives, la sauvegarde du patrimoine naturel, etc. Cela peut concerner les interventions humanitaires, suite à des guerres, des catastrophes naturelles, des famines, etc. Les actions sont en fait très nombreuses dans des domaines très différents.
Cependant, bien souvent, dans le monde militant, il n'est pas toujours facile de cerner la différence entre le travail pour créer des alternatives, et la rébellion contre ce qui ne va pas. Certaines initiatives militantes sont plus proches d’actions de défoulement ou pour la bonne conscience. Si ceux qui créent les alternatives font avancer les choses ; beaucoup d’actions telles que certaines manifestations, grèves, pétitions, etc. ont perdu de leur efficacité. Une part d’entre elles parvient à réduire les dégâts, voire à obtenir des avancées, mais pas toutes.
Un mot sur les manifestations
Elles restent les plus visibles et les plus courantes parmi les types
d’actions plus ou moins traditionnelles que l’on rencontre.
Malheureusement elles se suivent et se ressemblent trop souvent.
Si tous nos droits sociaux actuels ont été acquis grâce
aux grèves et aux manifestations des deux derniers siècles,
ils sont actuellement en train d’être démantelés,
un à un, et cela, malgré les manifestations. Le rapport
de force qui a permis d’imposer la volonté des travailleurs
pour la négociation de leurs droits, ce rapport est à présent
modifié. D’une part, la “mondialisation” permet
d’aller se servir de main d’oeuvre meilleure marché
et plus corvéable, ailleurs. Et d’autre part, nous assistons
à une somnolence des citoyens, via la consommation et l’hypnose
opérée par les mass-médias, qui les font dormir sur
leurs acquis qu’ils sont en train de perdre. Dès lors, le
travail militant, et en particulier les manifestations, commencent à
“tourner fou” comme une vis patinée.
Ainsi, peu nombreuses sont les manifestations qui aboutissent à
l’obtention des objectifs qu’elles réclament. Bien
souvent leurs objectifs ne sont plus liés à l’amélioration
d’une situation, comme c’était le cas au 20ème
siècle, mais bien plus à empêcher sa détérioration
(contre la guerre, contre l’AGCS, contre la directive Bolkenstein,
contre la chasse aux chômeurs, contre l’expulsion des sans-papiers,
contre une délocalisation, contre une restructuration, etc.). Lorsque
l’on regarde les manifestations qui se sont succédées
contre l'occupation de l'Irak par les Etats-Unis, il était clair
que le mouvement s'essoufflait. On a l’impression dès lors
que les manifestations se multiplient et le nombre de manifestants diminue
à chacune d’entre elles, ainsi que leur portée médiatique
et l’influence qu’elles ont sur les décideurs. Elles
pourraient même avoir un impact inverse à celui espéré.
Par exemple, certaines manifestations, ayant comme but de faire valoir
l’avis de la majorité de la population (telles les manifestations
contre la guerre), dans un pays de 10 millions d’habitants, ne parviennent
à mobiliser que 1.000 participants. Il serait bon de se demander
si le message de la manifestation ne devient pas dès lors que la
grande majorité de la population ne se sent pas du tout concernée
par l’objectif poursuivi par les manifestants.
Un autre problème est celui du relais de toutes ces actions dans les mass-médias. Il arrive qu’une manifestation culturelle réunissant 1.000 personnes fasse l’objet d’un reportage de cinq minutes dans un journal télévisé alors qu’une manifestation de protestation de 10.000 personnes n’y soit même pas mentionnée. Et si le message est toutefois retransmis, bien souvent noyé dans le flot de l’actualité, il n’a en général qu’un effet éphémère sur le téléspectateur et n’engendre pas l’effet escompté.
Or, si nous n’avons pas réussi, à titre personnel, à convaincre notre entourage de manière pacifique ; comment, avec des manifestations, pourrions-nous convaincre les “citoyens”, et les “autorités”?
Il existe également un risque que certaines actions donnent bonne conscience à ceux qui en sont les protagonistes. On peut parfois avoir tendance à “faire au moins quelque chose”, même si cela ne sert à rien, et penser alors qu’on a fait ce qu’il fallait, ou qu’on ne peut pas faire plus. Mais si on investit de l’énergie dans des actions qui n’ont aucune chance de porter, on risque tout simplement de semer les graines de notre découragement futur. Et, par la même occasion, nous nourrirons la croyance qu’agir ne sert à rien, que nous sommes impuissants face à l’omnipotence des gens auxquels nous nous opposons.
Paradoxalement,
si les manifestations n’ont pas toujours l’effet escompté
sur l’extérieur, elles jouent un rôle important à
l’intérieur du monde militant, car elles mettent en présence
les gens concernés par un objectif commun et créent de la
solidarité.
Non seulement elles peuvent favoriser le partenariat (pas toujours facile)
entre associations, mais beaucoup de manifestations sont l’occasion
de rencontres, de s’amuser, de s’exprimer, et parfois peuvent
y naître de nouvelles initiatives.
Un mot sur
la violence
Certains activistes, peu nombreux, choisissent de s’exprimer, de
faire pression par la violence, car à leurs yeux c’est le
seul moyen de rendre l’activisme visible pour les mass-médias
ou de montrer une réelle force contre les dirigeants. On n’aurait
pas parlé autant de Seattle s’il n’y avait pas eu de
violence. On n’aurait pas tant parlé de Gênes s’il
n’y avait eu un mort. Le suicide d’un paysan coréen
à Cancun aurait influencé certaines décisions à
l’intérieur du bunker des négociateurs de l’OMC.
Et il est vrai que souvent l’attention des mass-médias est
portée sur les actions violentes, même si celles-ci ne représentent
même pas 1% de la manifestation, et n’est donc pas du tout
représentative de la volonté de la presque totalité
des manifestants.
Pourtant d’autres moyens, s’ils mettent plus de temps à
atteindre leur but, pourront permettre des améliorations plus durables,
plus profondes. Et, à l’inverse, ce que cette violence engendre,
c’est le renforcement de l’étroitesse d’esprit
des classes dirigeantes, qui trouvent là, des boucs émissaires
idéaux pour diriger leur répression, justifier les déploiements
d’armées, de forces policières, de politiques sécuritaires,
ou encore le développement du commerce des armes lorsqu’il
s’agit de “combattre le terrorisme”. Mais cela renforce
également l’opinion publique dans l’idée qu’elle
doit dépendre d’un état fort, garant de la sécurité
de chacun. Et le citoyen abdique un peu plus dans l'exercice de sa propre
responsabilité citoyenne. Et enfin, cela éloigne bon nombre
d’aspirants cocréacteurs (militants) à participer
aux manifestations et autres actions de contestations.
La plupart des militants dénoncent tout ce qui ne fonctionne pas.
Mais s’ils approfondissent souvent très loin leurs connaissances
sur l’actualité, et sur les domaines pour lesquels ils veulent
agir ; ils n’ont pas vraiment conscience qu’à
côté de cela, leur propre comportement dans la société,
ne fait que favoriser la perpétuation du système tel qu’il
est. Cela se traduit dans leur consommation, mais aussi tout simplement
dans les modes de pensée de type “rapport de force”.
Vouloir changer les choses, en proposant des solutions issues du mode
de pensée qui a créé le problème, ne résoudra
rien.
Plus nous nous remettrons en question, à titre individuel, plus
nous nous donnerons la chance d’établir la cohérence
entre notre vie quotidienne et les objectifs que nous défendons
dans le cadre de l’altermondialisation, et meilleur sera notre impact
à tous les niveaux.
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- Préface
1) Le monde ne tourne plus rond
2) La citoyenneté et la militance :
DEUXIEME PARTIE : PRENDRE LA DIRECTION DU CHANGEMENT
1) Notre consommation, notre responsabilité, notre conscience, notre pouvoir
2) De l'influence des mass-medias vers une information alternative
3) Retrouver la cohérence - se changer soi
4) Alterconsommation et autres alternatives
5) Solidarité
6) Y croire
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SE CHANGER SOI
POUR CHANGER LE MONDE