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PREMIERE PARTIE :

LES CONSTATS



  1. LE MONDE NE TOURNE PLUS ROND



“En vingt ans le Tiers-Monde a déjà remboursé 6 Euro pour 1 Euro emprunté, et on lui en réclame encore 4!” CATDM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde) – 2001

Nous sommes de plus en plus nombreux à devenir conscients que la planète dérive dangereusement vers des catastrophes d’ampleur mondiale.
Et devant l’inertie de nos gouvernements, voire le bellicisme de certains, nous ne pouvons rester passifs, sachant qu’il y a des milliers de vies innocentes en jeu.
Il existe en effet des milliers de raisons de s’inquiéter pour nous-mêmes et pour l’avenir de la planète, mais surtout pour la survie de millions d’être humains au moment présent.

Les politiques actuelles d’exploitation de tout et maintenant, sont responsables :
a) au niveau territorial :
des guerres, et de leurs cortèges de cadavres et de destructions, pour s’approprier les matières premières convoitées pour la société de consommation : en premier lieu, le pétrole. Le commerce de l’armement joue également un facteur important ;
b) au niveau environnemental :
du réchauffement de la planète, de la destruction de notre patrimoine naturel, via l’exploitation au finish de toutes les ressources minérales, via la pollution, la désertification, le déboisement des forêts, la diminution effroyable de la biodiversité, l’érosion des sols, l’amoncellement des déchets non dégradables ou non recyclables, et à cela ajoutons les OGM et le brevetage sur le vivant ;
c) au niveau social par le biais du néocolonialisme :
de la misère et des injustices faites aux populations sous forme de famines, de malnutrition et de maladies qui en sont les conséquences, de l’appauvrissement des populations, de l'exploitation dans le travail, de l’esclavage, et de la disparition des cultures traditionnelles;
d) mais aussi via l’extension à un niveau planétaire de la culture de consommation :
de l’appauvrissement culturel, de la perte des valeurs essentielles, de l’augmentation du stress et des maladies dites de société, de l’augmentation de la violence, des exploitations sexuelles, des détresses humaines en tous genres.
Cette liste est bien sûr loin d’être exhaustive, les injustices, exploitations, dégradations de notre environnement naturel, culturel et social, ne cessent de croître et pourraient tous nous noyer un jour. Et c'est sans compter la crise financière sans précédant qui nous attend.

Par exemple, en ce qui concerne la pauvreté dans le monde. On évalue que chaque année, environ 18 millions de personnes, surtout des enfants, meurent de faim, de malnutrition et de causes connexes. On estime que, pour mettre fin à la pauvreté extrême et pour donner à tous un accès à l'eau potable, aux soins de santé et à l'enseignement primaire, 80 milliards de dollars par an durant 10 ans suffiraient : c’est près d’un quart de ce que les pays pauvres paient comme intérêts sur leur dette extérieure, ou encore le quart du budget militaire des Etats-Unis, ou encore les 0,7% du budget annuel des pays les plus nantis. Source : Francine Mestrum, bulletin Hémisphères de décembre 2002(voir site : http://www.colophon.be) (1). D’autres sources, de plus en plus nombreuses, font états de tels chiffres.)

La Déclaration du Millénaire de l’Organisation des Nations Unies (ONU) comporte un engagement de réduire de moitié, d’ici à 2015, la proportion de la population mondiale dont le revenu est inférieur à un dollar par jour. Source : Rapport du Secrétaire Général de l’ONU sur la lutte contre la pauvreté, disponible sur le site : http://www.agora21.org/johannesburg/cp5.html (2)
Cette population était évaluée à 1,2 milliards de personnes (extrême pauvreté) en 1998 (et 2,8 milliards pour ceux dont le revenu était inférieur à 2 dollars par jour – pauvreté) (Source : www.mondialisation.be/Inégalités.htm - dans le paragraphe H : pauvreté- ce site n'est plus disponible actuellement).
Cela signifie-t-il qu’il faille juger acceptable que la faim persiste d’ici à 2015 et au-delà, comme si les droits humains les plus élémentaires ne devaient pas compter pour tous les humains?

La croissance économique consiste, d’une part à mettre dans les mains de 20% de la population mondiale 84% de la richesse totale du monde, et d’autre part à laisser survivre près d’un quart de la population mondiale dans l’extrême pauvreté. (De nombreux documents et articles reprennent des chiffres similaires Ceux-ci sont tirés del'article : “Ce que je ne sais pas me manque mais je ne le sais pas - Chiffres sur le partage des richesses dans le monde, sur les impôts et l’immigration” de Gérald Bourbon.)(3)

Cette croissance stimule à dilapider les ressources de la planète, de sorte que si chaque humain en faisait autant, il faudrait 3, 4, 5, …6 planètes pour satisfaire tout le monde avec ces faux besoins Cf. le concept d’empreinte écologique :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Empreinte_%C3%A9cologique (4).

Dans cette grande injustice et déconstruction planétaire, les entreprises commerciales importantes, celles qui ont survécu, ont comme objectif principal le profit de leurs actionnaires. Et le service offert ou le bien qui est produit n’est plus vraiment un but en soi. La qualité du bien ou du service rendu n’est plus forcément visée, tant que la vente et les profits se poursuivent.

Et ce sont les plus grosses firmes multinationales qui se maintiennent en absorbant tout ce qui gravite autour de leur secteur de production, fusions après fusions, rachats après rachats, au point de devenir des oligopoles, des monopoles. Les plus petites entreprises, elles, payent la facture cash. Les faillites, rien qu’en Europe, se comptent par dizaines de milliers chaque année. Ne survivent que ceux qui sont riches et puissants. Prenons l’exemple des banques ou des grandes marques alimentaires qui font partie de la culture du consommateur moyen. Combien d’entre elles n’ont-elles pas changé de nom, ou n’ont-elles pas disparu du marché ces 15 dernières années? Les grands noms qui se sont maintenus n’ont pu le faire que parce qu’ils étaient les plus forts et ont pu absorber ou évincer les autres.

La course au profit qui mène aux fusions d’entreprises est le moteur même de toutes les dérives auxquelles nous assistons. Le système capitaliste qui fait passer le profit avant l’humain est à l’origine même de cette déconstruction. La direction prise actuellement, non seulement mène vers des conséquences irrémédiables, mais elle nous concerne déjà tous. Et si elle ne se fait sentir que par un malaise grandissant parmi les couches de population les plus aisées, elle touche de front la toute grande majorité des gens dans le monde. Pourtant, peu sont conscients qu’ils sont directement victimes du système et qu’il ne s’agit pas d’une fatalité.

La plupart des décisions prises dans le cadre des organisations internationales, telles que l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale, l’Union Européenne (UE), se font sans l’aval préalable des parlements nationaux. Les parlements nationaux sont ensuite amenés, qu’ils le veuillent ou non, à voter des lois en conséquence des accords signés au niveau international. Or, ceux-ci sont, la plupart du temps, préparés par des “représentants nationaux” non élus. Certaines négociations sont menées dans le plus grand secret. Souvent des pressions et menaces sont exercées sur des gouvernements par des organisations internationales ou des lobbies. Les plus forts, les plus riches, imposent leurs règles aux plus faibles, aux plus pauvres.
Et cela d’autant plus facilement quand les gouvernements sont corrompus. Or ces décisions, non seulement amènent à des changements néfastes pour les populations locales, mais elles ne permettent plus le retour en arrière. Il est bien plus facile d’ouvrir les vannes d’un barrage, que de faire le nécessaire pour pomper l’eau qui s’est écoulée pour la faire retourner en amont. De même, une fois la législation modifiée par les parlements nationaux, le retour à la situation antérieure devient presque impossible.
(Sur l’influence de l’OMC, du FMI et de la Banque Mondiale sur les politiques économiques des pays pauvres et endettés, voir les articles de Raoul Marc Jennar : Nouvelles de Cancun (5)- voir également le chapitre synthétique sur les plans d’ajustement structurel dans le livre “Altermondialiste, moi?” publié en avril 2004 par Ritimo, Artisans du Monde et le CRID p.39 (6)- ou encore l’article d’Eric Toussaint du CATDM : “Du Nord au Sud : crise de la dette et plans d’ajustement” disponible sur le site :
http://users.skynet.be/cadtm/pages/francais/crisedette.htm (7).

En décomposant toutes les lois sociales, en amassant les injustices ici et ailleurs, on ne peut que mettre en place des forces d’insurrection gigantesques.
Car les gens concernés, potentiellement, représentent plus que 99% de la population mondiale.
Et si chacun participe actuellement au système que nous connaissons, et le perpétue, chacun a aussi entre ses mains, le pouvoir nécessaire de changer ce système. Et c’est sans compter le pouvoir de groupe, quand les individus décident de se solidariser et d’agir de concert.

Toutes les dégradations décrites ci-dessus ont pour effet de secouer la population, et pour conséquence de la sortir de sa torpeur ou de sa léthargie, excepté pour ceux qui sont plongés dans des situations dramatiques au point qu'ils ne pourront jamais s'en relever.
Car je pense sincèrement que les difficultés de la vie, même graves, peuvent s’avérer être des cadeaux, quand on est capable de les dépasser. Elles nous renforcent, nous amènent à développer nos ressources les plus cachées au fond de nous-mêmes : elles réveillent nos capacités à trouver des solutions.
Même s’il ne s’agit pas de chercher la difficulté ou la souffrance, je ne pense pas que les solutions de facilité puissent suffire dans le contexte actuel.

La situation actuelle du monde est propice à préparer le terrain vers de grands changements de mentalité. L’incohérence apparaît comme évidente pour de plus en plus de monde. Elle est visible au travers des faits d’actualité.
Mais cette incohérence est palpable également parmi les populations qui profitent encore majoritairement du système. Elle les atteint de front lors des délocalisations, restructurations et dégraissages, ainsi que via l’augmentation perpétuelle du nombre de chômeurs, la précarisation et la pauvreté.
Elle est visible aussi au travers de la décadence, chaque jour plus manifeste, de la société de consommation dans laquelle nous naviguons chacun. Cette décadence est véhiculée par les mass-médias et par la publicité. Elle transparaît dans le contraste choquant entre les profits gigantesques des uns, face à l’exploitation injuste des autres ; entre la destruction systématique de l’environnement, et le déni de cette réalité.
Le travail de sape envers le consumérisme est donc déjà largement entamé par l’actualité elle-même.

Beaucoup de gens sont cependant encore inconscients de cette situation.
Pourtant, il est grand temps de se donner les moyens de devenir conscient. Nous sommes tous, sans exception, embarqués dans la même galère, et ce “tous” représente un potentiel d’action colossal pour tenter d’empêcher le naufrage. Car si notre galère navigue encore aisément, elle est tout de même en train de prendre l’eau et finira inexorablement par couler si rien n’est fait.
Nous, galériens, n’avons pas conscience que nous ne sommes pas enchaînés dans la cale, excepté mentalement, et que nous sommes libres d’arrêter de ramer, de quitter la cale et de nous organiser pour colmater les brèches, hisser les voiles, et sauver le navire, tant qu’il en est encore temps, tout en laissant le capitaine jouer à la belote.

Casser nos chaînes mentales peut paraître une belle image, mais pas très concrète. Je tenterai donc, au-delà des constats (dans la deuxième partie) de détricoter le canevas, en traçant des liens entre des faits en apparence anodins ou sans rapport les uns avec les autres, afin de laisser apparaître la pertinence de la démarche.

Car le pouvoir démocratique du citoyen ne se limite pas au vote et à l’action militante ou lobbyiste. Des initiatives, souvent locales, se multiplient rapidement. Elles ne sont pas forcément coordonnées. Cependant elles foisonnent et manquent rarement de créativité.

Or justement, si les prises de conscience et les mobilisations se font à l’échelle mondiale, c’est à un niveau local et individuel que les changements qui peuvent se produire, auront le plus d’impact.

Pour venir à bout des déréglementations tous azimuts, il faut d’abord reprendre le levier en mains.
Il y a urgence.
Ce sont les prochains mois et les prochaines années qui feront la différence. C’est donc de la capacité de chacun d’y voir de la pertinence que pourrait découler une évolution dans les mentalités qui très vite se manifestera sous forme de changements de comportement. Et les changements sont déjà amorcés.
L’idée de base qui motive le concept de “se changer soi pour changer le monde”, est toute simple et ne vient pas de moi, j’espère juste la présenter sous un nouvel angle, et la réitérer au bon moment.
Mais avant cela, tentons de jeter un regard sur certains moyens d’action utilisés actuellement pour améliorer la situation, ainsi que sur le rôle que jouent les mass-médias.

 

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